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Conseil régional exceptionnel du 16 novembre 2015 – Hommages aux victimes des attentats terroristes du 13 novembre.

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Intervention solennelle de Pierre LAURENT 

 

Monsieur le Président, mes chers collègues

« Où fait-il bon même au coeur de l’orage
Où fait-il clair même au coeur de la nuit
L’air est alcool et le malheur courage
Carreaux cassés l’espoir encore y luit
Et les chansons montent des murs détruits

Jamais éteint renaissant de la braise
Perpétuel brûlot de la patrie
Du Point-du-Jour jusqu’au Père-Lachaise
Ce doux rosier au mois d’août refleuri
Gens de partout c’est le sang de Paris 
»

Trois jours après l’un des pires événements de notre histoire, et en ce jour de deuil national, ces quelques vers du Poème qu’Aragon écrivait en 1944 doivent nous rappeler que notre peuple a toujours su se relever, même dans les pires épreuves.

Trois jours après, toutes nos pensées vont, bien évidemment, aux 132 victimes de ces attentats, aux 300 blessés qui, pour nombre d’entre eux restent dans un état critique, ainsi qu’aux témoins de ces scènes de guerre d’une immense barbarie

Ces 132 vies brisées de sang-froid, d’une main invisible tirant au hasard mais avec détermination, disent la diversité qui fait la richesse de notre peuple et rappelle la terre d’accueil que sait être Paris depuis des siècles : ces victimes sont pour la plupart des jeunes aux origines diverses, des étudiants, des journalistes, des médecins, des chômeurs, des employés, des techniciens, des cadres, un SDF mais ils sont aussi chiliens, américains, espagnols, mexicains, italiens, touristes ou expatriés… Leurs noms continuent de raisonner, leurs visages de nous hanter.

Aujourd’hui, la France est touchée en son cœur : notre jeunesse, notre culture, nos quartiers mélangés, nos sports, notre art de vivre ont été clairement ciblés. C’est la vie qui est ici visée et bien plus encore, ce qui lui permet de prendre pleinement son envol, ce qui permet à chacun de s’émanciper : la République. Oui, notre réponse doit être une République encore plus forte encore. Une République une et indivisible, solidaire et démocratique.

Près d’un an après les attentats de janvier, les attaques terroristes ont franchi un seuil. L’ampleur de cette funeste soirée de vendredi doit nous alerter sur le changement d’échelle des actes terroristes dont sont capables ces fanatiques. Aujourd’hui, Daech, qui est devenu une organisation structurée, financièrement assurée et relayée dans le monde entier, a clairement choisi de nous déclarer la guerre faisant de nous un de ses principaux ennemis.

Il ne s’agit plus d’actes isolés mais de stratégies de guerre visant à semer la terreur, et je le crains, à pousser nos concitoyens dans les logiques de guerre civile. Leur objectif est clairement de mettre à terre notre pacte républicain.

Notre réponse doit être sans appel face à cette barbarie totalitaire et qui transforme le désespoir de certains en fanatisme d’un autre âge. Nous devons rester unis, en refusant tout amalgame, en continuant de prôner les principes fondateurs de notre République. Nous devons à tout prix éviter toutes logiques visant à monter les français les uns contre les autres et refuser les stigmatisations des populations en fonction de leur choix religieux ou de leurs origines géographiques ou sociales.

L’unité doit déterminer notre action. Notre peuple doit se rassembler, aujourd’hui plus encore qu’en janvier pour leur démontrer que la vie sait reprendre le dessus. Un sursaut citoyen d’ampleur sera la preuve que l’humanité est encore debout, que ce choc ne fera que renforcer la construction d’une alternative nationale et internationale crédible.

Ne rentrons pas dans leur logique et usons de tous les garde-fous que notre République a su mettre en place depuis plus deux siècles pour que notre nation reste entière et solidaire face à cette situation d’une ampleur inédite, aux premiers desquels les services publics doivent retrouver toute leur place.

Car ils sont la clé de voute de notre République. Ces attentats ont, de nouveau, prouvé, leur capacité de mobilisation en situation de crise. Je tiens à saluer le travail mené, dans des conditions extrêmes et inédites en France, par les forces de police, les secours, les urgentistes et les personnels de santé mais aussi des agents territoriaux qui ont su faire preuve d’un professionnalisme exceptionnel et d’une disponibilité extraordinaire.

Mais au-delà des situations d’urgence, nous devons leur donner les moyens d’exercer leurs missions au quotidien dans de bonnes conditions, sur l’ensemble de notre territoire. Aujourd’hui, les missions régaliennes de l’Etat sont mises à mal : en matière de défense, de police, de justice, les premiers résultats des enquêteurs font état de failles considérables faute de moyens financiers et humains.

Alors que l’État d’urgence vient d’être décrété par le gouvernement, le renforcement des moyens de police et de justice est un impératif. L’État doit trouver durablement les moyens adaptés pour garantir la sécurité de toutes et de tous. Mais la situation extrême à laquelle nous sommes confrontés ne doit pas réduire l’espace des libertés publiques, la liberté d’expression et multiplier les interdictions, les formes de surveillance…

Pour que la cohésion nationale devienne une réalité et soit vécue de manière pleine et entière par toutes et tous, l’Etat doit certes intervenir de manière urgente mais aussi et surtout pour mener des politiques publiques à la hauteur des enjeux.

A notre échelle nous devons prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité dans les lycées, les CFA, les bases de loisirs et les transports collectifs d’Ile de France. S’il faut plus de présence humain -ce que nous le pensons- nous devons décider, avec les transporteurs, d’embaucher d’urgence et massivement !

Notre pays est évidemment touché par la guerre et la déstabilisation qui minent le Proche et le Moyen-Orient. La lutte contre le terrorisme appelle une mobilisation redoublée et des solutions internationales au cœur desquelles l’ONU doit retrouver toute sa place.

C’est le sens de la proposition que j’ai soumise hier au Président de la République de constituer une commission spéciale extraordinnaire du Parlement chargée de travailler à la redéfinition des objectifs de l’action internationale de la France tant 15 ans de logique de guerre ont montré leur limite.

A ce moment de mon intervention je veux avoir une pensée pour toutes les victimes de Daesh dans le monde, des passagers de l’avion russe à nos amis Libanais…

Comme élus, nous serons de toutes les initiatives qui, dans les prochains jours, permettront à nos concitoyens de se rassembler pour faire face à cette épreuve et ouvrir un chemin d’espoir pour notre peuple convaincu que notre pays ne pourra triompher que dans la mobilisation pour un véritable projet de société solidaire qui place au cœur de tous ses choix, l’émancipation humaine, les valeurs de la République et la paix.

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